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Nous proposons ici un ensemble de textes qui pourront alimenter votre réflexion. Vous pouvez proposer votre propre texte qui sera pourra être publié.
Qu'est-ce
que le KARATE SHOTOKAÏ ? Si
nous considérons notre école, le Shotokaï,
comme un style de karaté parmi une... centaine d'autres (Shorei,
Shorin, Shotokan,
Wado-Ryu, Kyokushinkaï,
Shaolin kempo...),
nous serons tentés de le caractériser de façon purement
formelle: -
les positions sont hyper abaissées
(travail "au raz des pâquerettes"). -
le bassin est ouvert au maximum
(en zen-kutsu comme en kiba-dachi). -
le poing serré fait ressortir la
pointe du médius (nakadaka
ippon ken). -
les techniques sont "unifiées"
: le bras et le hara
travaillent ensemble. -
les mouvements, dans les katas
notamment, sont amplifiés au maximum, liés, fluides, sans
aucun "blocage" du corps. -
l'accent est mis sur "irimi",
l'art d'anticiper sur l'adversaire et, donc, d'entamer notre
parade avec une" entrée -" de tout le corps à
l'instant précis où l'attaquant se détermine à frapper... Tout
ceci appelle cependant deux correctifs: Le
karaté Shotokaï ainsi défini est,
en fait, le style développé par le Maître Egami
au Japon, dans les années soixante, et par le Maître Murakami
en Europe, dix ans plus tard ...Nombreux, aujourd'hui, sont les
clubs qui se réclament, à tort ou à raison, du style "Shotokaï"
et qui ne présentent que peu -ou pas du tout! -ces caractéristiques.
Comment cela s'explique-t-il ? Il
faut savoir que la Shotokaï fut
simplement, à l'origine -dans les années trente-
"l'association du Shoto",
une association créée par le Maître Funakoshi
à Tokyo pour regrouper ses élèves. Une des premières tâches
de ceux-ci fut d'ailleurs d'entreprendre la construction du
premier Shotokan Dojo qui allait être
détruit quelques années plus tard par les bombardements américains. À
la mort du Maître Funakoshi, en
1957, la direction technique de la Shotokaï
fut confiée à Shigeru Egami
qui va prolonger la recherche du Maître fondateur et de son
fils Yoshitaka, pour aboutir au
style que nous nous efforçons de définir. Mais,
dès cette époque, cette conception ne fit pas l'unanimité: à
peine Me Funakoshi était-il
décédé qu'une bonne partie de ses élèves s'orientèrent
vers le karaté "sport" et l'année 57 ne s'était pas
terminée que les premières compétitions universitaires étaient
mises sur pied par ceux qui allaient créer la puissante JKA (Japan
Karate Association). D'autre
part, le président même de la Shotokaï,
Me Hironishi, restait
partisan d'un travail plus en force, plus syncopé, un peu
intermédiaire entre ce que nous appelons maintenant le Shotokan
et le Shotokaï, et lorsque, après
la disparition du Maître Murakami,
deux de ses ceintures noires présentèrent, en 1987, leur
examen de troisième dan devant Maître Hironishi,
celui-ci les "corrigea" en les incitant à rigidifier
quelque peu leurs attitudes ...! Et le travail de l'actuel représentant
officiel de la Shotokaï en Europe,
Me Hiruma, qui enseigne
en Espagne, est assez proche de cette conception ...Un expert
comme Me Harada, installé
en Angleterre, a participé durant quelques années à cette évolution
de l'après-guerre et, tout en restant attaché à la Shotokaï,
il a développé un style personnel très éloigné des caractéristiques
que nous relevions ... Second
correctif: Présenter
dans son travail de karatéka toutes les caractéristiques
formelles citées, ne suffit pas à être "Shotokaï"
au sens où nous l'entendons. On peut imaginer un pratiquant très
doué morphologiquement, qui se contente d'un travail physique
et néglige l'esprit qui doit animer sa technique. Nous touchons
bien sûr ici à l'essentiel. Les principales caractéristiques
de notre conception du karaté sont en effet d'ordre moral. Les
maîtres mots sont "sincérité" et "esprit
d'ouverture". Essayons de mieux cerner ces notions au
travers d'une pratique concrète. La
sincérité: De
l'allocution du Maître Egami
(Paris, Beynes, mai 76), je n'ai retenu qu'un mot sur lequel il
insista: la sincérité! La plupart des animaux, quand ils ne
luttent pas pour attraper une proie ou éviter un prédateur, se
battent en fait d'une façon très rituelle. Défendre son
territoire, conquérir une femelle... donne rarement lieu à des
affrontements très sanglants. Il en va généralement de même
pour les rixes de jeunes, les bagarres de rue: si des armes ou
l'alcool ne sont pas de la partie, beaucoup de coups aboutissent
-heureusement- dans le vide. Même les combats dits de
"full contact" restent relativement conventionnels et,
pour brutaux qu'ils soient, les
protagonistes ne sont pratiquement jamais animés par la volonté
de tuer. La
pratique martiale japonaise repose sur un paradoxe: elle prétend
développer la capacité de tuer -un coup, une vie!- et, tout à
la fois, la "paix intérieure"! L'idée étant: si
nous pouvions maintenir notre sérénité dans l'hypothèse d'un
combat à mort, celle-ci serait alors assurément inébranlable...!
Soyons
donc sincères, tout d'abord, avec nous-mêmes en prenant
conscience de toute l'inhibition qui freine nos mouvements -les
techniques "explosent" si rarement, même en kihon!
- et poursuivons systématiquement le mensonge plus ou moins
conscient. Nous pourrions multiplier les exemples: -
mon partenaire attaque assez
lentement et je le domine car je m'autorise, en fait, à
pratiquer plus vite que lui! -
je bloque durement l'attaque
aimablement annoncée; et s'il attaquait librement? -
je ne guette pas vraiment la
faille dans l'attention de l'autre, mais j'attaque quand je sens
qu'il m'évitera sans problème (ce peut être un excellent éducatif,
mais ne nous imaginons pas alors que nous travaillons combat!) -
j'effectue parfaitement mon kata,
mais si un partenaire m'attaquait soudain, en plein milieu de Taikyoku,
je ne le verrais même pas venir ...! Et
s'il ne nous est pas possible de travailler -toujours ou même
seulement parfois! -"sincèrement ", comme si notre
vie en dépendait, reconnaissons-le du moins avec lucidité,
avouons nos carences, quand c'est utile, à notre partenaire...
et n'oublions jamais que le meilleur pratiquant n'est pas à
l'abri d'une attaque sincère portée, par exemple, par un débutant
qui n'aurait pas compris une de nos conventions! L'esprit
d'ouverture Les
pratiquants Shotokaï font
volontiers un complexe de supériorité par rapport aux autres
styles plus rigides, aux techniques bloquées juste avant
l'impact. Il suffit cependant de varier un peu le travail de
base -par exemple, marcher, frapper oi-zuki
au commandement sans se figer en zen-kutsu
et reprendre une marche naturelle pour prendre conscience de ce
que notre pratique habituelle peut avoir de conventionnel et de
notre peu de disponibilité. Combien
de karatékas ont fait l'expérience de suivre des cours d'aïkido
? Et si nous pouvons reprocher à nombre d'aïkidokas d'ignorer
la sincérité dont nous parlions plus haut, que pourraient
penser ceux-ci, en revanche, de notre décontraction et de notre
ouverture? . C'est
ici que nous touchons l'essence du Karaté Do Shotokaï
il ne s'agit aucunement d'une technique codifiée définitivement,
d'une pratique achevée! Maître Egami
précisait au contraire que notre école doit continuer à
"s'améliorer sans cesse grâce aux efforts de tous les
pratiquants" ! Avons-nous
la sincérité et l'ouverture d'esprit suffisantes pour nous
remettre régulièrement en question? (…) Y.
Thélen Je
voudrais vous entretenir, pour autant que ce soit possible sur
une feuille de papier, d'un sujet très intéressant, plutôt
complexe, mais d'une importance fondamentale pour qui pratique
les arts martiaux dans le sens du Budo
: " le calme intérieur ". Comme
j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, je crois que pour les budokas,
le combat doit signifier "lutte pour la vie" et c'est
là le principe qui doit nous guider durant tout le travail qui
se déroule dans le Dojo. Il
est donc évident que nous ne pouvons pas vraiment faire l'expérience
du combat réel dans une salle de gym ! Nous aurions sûrement
beaucoup de blessés et nous raterions notre objectif. Mais nous
pouvons, par contre, vérifier nos réactions intérieures face
aux nombreux combats que nous affrontons tous les jours avec
nous-mêmes devant les problèmes de la vie. Il
s'agit, là, de combats qui sont à la base de tous les types de
combat, puisque notre premier adversaire se trouve en nous: tant
que nous n'aurons pas réalisé notre harmonie intérieure, nous
ne pourrons pas découvrir le calme mental. Combien
de fois ne parvenons-nous pas à dormir à cause des problèmes
qu'il nous faut affronter? Combien de fois ne sommes-nous pas
impressionnés par une personne vis-à-vis de laquelle nous
voulons faire valoir nos droits, dans le domaine de la vie
professionnelle, dans de multiples circonstances ...Combien de
fois, nous ne réussissons pas à exposer correctement nos
arguments lors d'un examen à l'école ou à l'université, bien
que nous connaissions notre matière? Combien de fois nous réveillons-nous
le matin de mauvaise humeur ou dans un état d'angoisse, sans même
savoir pourquoi...? Je
pourrais continuer en citant de nombreuses situations dans
lesquelles nous éprouvons de l'embarras et chacun d'entre nous
se remémore des exemples vécus personnellement. Ce qui nous
abandonne, en semblables circonstances, c'est bien le calme intérieur. Avec
une base intérieure si peu sûre, si fragile, comment
pouvons-nous espérer donner le meilleur de nous-mêmes en
combat? Donc, si nous n'avons pas envisagé cet aspect dans
notre entraînement, nous risquons fort de rater notre objectif:
l'efficacité. Progresser
dans la recherche du calme intérieur, cela veut dire opter pour
une vie saine, fuir les tensions qui nous perturbent et qui
inf1encent négativement nos rapports avec nous-mêmes et avec
1es autres en altérant la communication. Réussir
à communiquer et à ne pas entrer en conflit avec le monde qui
nous entoure pour affronter sereinement les problèmes et
aboutir ainsi toujours à des résultats positifs. Nous serons
alors de plus en plus capables d'affronter le combat avec la
tranquillité nécessaire à l'obtention de la victoire. Pour
découvrir le calme intérieur, il est fondamental de se
reporter à son propre corps et donc à une technique physique.
L'exercice que nous avons à notre disposition, dans notre
discipline, pour progresser dans ce sens, c'est la respiration.
Chacun d'entre nous peut expérimenter personnellement les
effets positifs et immédiats de la respiration sur son état d'émotivité
et de tension en respirant lentement et profondément. Il
faut approfondir l'étude de la respiration dans tous les
exercices que nous pratiquons normalement durant l'entraînement,
simplement en effectuant la respiration la plus grande et la
plus lente possible. Pour
les ceintures supérieures, il faut travailler de façon telle
que, en effectuant par exemple l'échauffement, la respiration,
devienne l'aspect le plus important, à un point tel que
l'esprit soit complètement absorbé dans l'idée de
"vivre" la respiration et qu'on en oublie complètement
la gymnastique en soi. Enfin,
au terme du "taïso",
il faudrait avoir l'impression d'avoir seulement respiré tout
le temps...! Il
est évident que se fondre avec la respiration ne peut être
pratiqué qu'une fois le mouvement du corps bien maîtrisé. Cet
exercice peut et doit être appliqué graduellement dans toutes
les techniques propres à notre école: le kihon,
l'ippon kumite, les katas,
midare, mokuso
... Le
but principal, c'est d'instaurer inconsciemment, naturellement,
un rythme respiratoire lent et profond, même quand on dort. L'exercice
le plus simple pour étudier la respiration, c'est mokuso.
Lors de la méditation, le corps est statique et donc
l'apprentissage plus facile car l'esprit est davantage libre de
se concentrer sur la respiration. Avec
mokuso, nous avons mieux la
possibilité de prendre conscience graduellement de notre centre
( le ventre, le "hara"
) et c'est le premier pas vers la connaissance d'une nouvelle
source d'énergie, l'énergie intérieure, la force douce, le
"ki" ... Si,
vous pratiquez fréquemment la méditation, vous aurez sûrement
constaté que, au début, on est dans un état de vide mental
peut-être seulement durant des intervalles de quelques
secondes, quelques minutes si on persévère à vouloir
progresser. Il est souhaitable que cet état mental de calme,
avec le temps et la pratique du "mokuso"
soit instauré tout le temps de la méditation sans qu'intervienne
aucun dérangement ni interférence intérieure, ni extérieure. Ce
calme mental fonde naturellement et inconsciemment le calme intérieur
avec lequel il faut affronter le combat. Pour aboutir à cela,
il faut surtout rechercher inlassablement dans le travail, au
dojo, le "calme mental", c'est-à-dire l'absence des
tensions intérieures qui dérangent l'action. Alors seulement,
nous sommes sur la voie qui mène au dépassement du combat. Pisa,
le 21 octobre 1990 M.
Enzo CELLINI
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